Les menus de la cantine, un zéro pointé ?

Je n’ai pas d’enfants. J’en étais une il n’y a pas si longtemps que ça, d’ailleurs. Mais j’ai un petit frère de douze ans, en pleine croissance, qui rentre tous les soirs du collège, raconte sa journée et généralement, précise ce qu’il a mangé à la cantine. Pizza en entrée, frites en plat principal et pour finir en beauté, beignet au chocolat pour le dessert. Alors oui, il dit qu’il y a d’autres entrées ou desserts et même beaucoup trop mais comme beaucoup de pré-adolescent un peu rebelle dans l’âme, il préfère se tourner vers du gras ou du sucre. Je suis loin de lui jeter la pierre ; il n’a que douze ans, il grandit et a des besoins conséquents mais surtout, il ne différencie pas forcément ce qui est bon ou moins bon pour sa santé et ne sait pas encore faire tout seul les bons choix. Par contre, les adultes ont ce savoir. Et c’est contre eux que je suis en colère.

Comme d’habitude, je vais parler sans langue de bois. J’ai fait des stages dans plusieurs cantines scolaires au cours de mes études, je sais ce qu’il se passe derrière. Je sais que dans la majorité des cas, il n’y a pas diététicien(ne)s pour créer les menus, que le budget prime sur la qualité et que souvent, la facilité est privilégiée. Pour être honnête, je n’ai vu qu’une seule cantine scolaire où le chef faisait de réels efforts pour respecter un certain équilibre alimentaire, pour aiguiller les enfants à composer un plateau sain même si les adolescents étaient une cible plus compliquée à convaincre. Il les éduquait sur l’alimentation parce que c’était son rôle.

Le reste ? Entre celles qui m’ont dit noir sur blanc que les menus étaient faits « au pif » et fonctionnaient sur un système de ronde pour qu’ils ne se ressemblent pas trop les uns les autres et celles qui n’ont aucun scrupule à resservir les desserts de la veille… J’étais scandalisée. Je ne dis pas que le métier de cuisinier dans une cantine n’est pas difficile et éprouvant. Il l’est et à bien des niveaux. Mais ce que je ne comprendrais jamais, c’est le si faible intérêt que ces adultes portent à la santé des enfants, de vos enfants, qu’ils ont à charge.

Est-ce si difficile de concevoir un menu, un seul, et pas une carte longue comme le bras ? Un menu où il y a une source de protéine, au moins un légume et une part de produits céréaliers ? Est-ce si compliqué de jeter un coup d’œil aux plateaux, d’apprendre aux enfants comment bien manger afin d’avoir assez d’énergie pour l’après-midi intense qu’ils leur restent à passer ?

Je suis consciente qu’il y a des centaines d’élèves dans une école ou un collège. Mais comment expliquez-vous qu’une de ces écoles a le temps de vérifier les plateaux et pas les autres ? Ici, l’histoire n’est pas de restreindre les enfants mais de les guider vers une alimentation saine et des bonnes habitudes à prendre. Ici, il est question de prendre soin d’eux. Beaucoup de personnes avec qui j’ai travaillées m’ont dit « oui mais les parents… ». Oui mais les parents vous confient leurs enfants pour UN repas. Certes, le repas du soir peut contrebalancer celui du midi mais où sont les repères pour l’enfant ? C’est aux adultes de l’encadrer, de le conseiller, de savoir ne pas le frustrer non plus. Pensent-ils donc que la responsabilité ne revient qu’aux parents si l’enfant rencontre à un moment de sa vie des problèmes avec son poids ? Pensent-ils réellement que quatre mauvais repas dans la semaine peuvent être contrebalancés par le reste ? Malheureusement pas toujours.

Mais il est plus facile de fermer les yeux, de créer des menus avec quatre entrées, deux plats principaux et cinq desserts pour que personne ne se plaigne. Il est plus facile de leur dire de choisir entre une salade de fruits et un beignet au chocolat, des frites ou des haricots verts. Il est plus facile de laisser courir, de se dire que de toute façon « c’est pas ma responsabilité », de se cacher derrière des arguments qui ne paient pas de mine alors qu’il suffit d’un rien pour changer la donne.

Oui, je trouve scandaleux que des adultes pensent qu’un enfant doit se débrouiller tout seul avec la masse d’informations qu’on lui donne. L’autonomie qu’ils disent. Avant d’être autonome, il faudrait peut-être d’abord fournir les bases comme on le fait en cours de français ou de maths. Pourquoi laisser l’alimentation de côté ? N’est-ce pas important ? N’est-ce pas important qu’un enfant soit autant attentif le matin que l’après-midi ? N’est-ce pas important qu’il sache choisir les aliments nécessaires à son corps pour lui éviter de somnoler après le déjeuner ? Non, bien sûr que non ! Suis-je bête !

tumblr_ocvu6mdipc1s485rwo1_500

Je le répète : un enfant a besoin d’être encadré. Que ce soit par ses parents, ses professeurs ou le personnel qui les surveille. Il a besoin d’apprendre. Et quel est meilleur endroit que l’école pour apprendre à bien manger ?

 

Beaucoup de questions dans cet article et voici mes solutions :

  • Proposer un menu plus minimaliste, tout d’abord en ne proposant qu’une seule entrée facultative mais saine : carottes râpées, tomates assaisonnées à l’huile d’olive ou encore toast à l’avocat.
  • Laisser le choix entre deux desserts avec toujours un fruit frais de saison et par exemple une compote ou du fromage blanc mélangé avec des fruits. Une fois par semaine, on pourrait proposer un dessert gourmand et fait maison tel qu’un gâteau au chocolat, banana bread, cake au citron… Cela a été fait par l’école dont je parlais plus haut et qui gère plus de 600 élèves donc le défi « home made » est tout à fait réalisable pour les autres.
  • Pour le plat principal, ne proposer qu’une source de produits céréaliers (pâtes, riz, boulgour…) et deux sortes de légumes pour que tout le monde y trouve son compte. On peut également penser aux poêlés de légumes ou les ratatouilles, plus facilement appréciés des plus jeunes par rapport aux légumes verts.
  • Ne proposer qu’une seule source de protéines mais alterner entre les protéines végétales et animales. Les protéines végétales sont moins chères à l’achat et meilleures pour la santé par rapport aux protéines animales. De plus, nous avons tendance à manger trop de viande donc l’alternance entre les deux est un bon compromis. Penser à passer aux menus végétariens le midi est aussi une bonne solution autant pour adopter une alimentation plus saine que pour le budget serré des cantines scolaires.
  • Opter pour du pain complet et limiter les nombres de morceaux pris à un voire deux. Cela est largement suffisant pour un repas.

Qu’est-ce que ces changements apporteraient au final ? Au niveau du budget tout d’abord qui s’en retrouverait sensiblement amélioré et permettrait donc d’acheter des produits de meilleure qualité et de saison. Au niveau du temps, qui manque habituellement cruellement au personnel de cuisine ; avec un menu plus allégé, ils pourraient se retrouver avec plus d’heures devant eux ce qui permettrait de varier plus souvent les modes de cuisson notamment et d’y gagner également en terme d’hygiène (ahem). Au niveau des restes, ils se retrouveraient avec beaucoup moins sur les bras en fin de service ce qui limiterait à la fois la quantité jetée et/ou l’envie de resservir le lendemain – chose à ne surtout pas faire quand la nourriture est exposée pendant plusieurs heures, n’est-ce pas.

En ce qui concerne les enfants, ces solutions leur seraient bénéfiques non seulement en terme d’équilibre alimentaire mais également pour leur apprentissage scolaire. Ils pourraient donc jouir d’un déjeuner remplissant leurs besoins quotidiens et apprendront au passage ce qui est bon pour leur santé, notamment en découvrant de nouveaux aliments mais aussi en sachant comment composer un repas complet. Et c’est comme cela qu’ils gagneront en autonomie 😉

 

Alors qu’en pensez-vous ?

Publicités

Publié par

Laura, 20 ans. Curieuse de la vie, je m'intéresse à énormément de choses ! Ce blog sera plus particulièrement centré sur du lifestyle et la nutrition mais je cherche encore à développer mon idée vers d'autres centres d'intérêts. Je suis une jeune diplômée en diététique et briser les idées reçues, c'est mon dada !

2 commentaires sur « Les menus de la cantine, un zéro pointé ? »

  1. J’adore cet article !
    Et je suis totalement d’accord.
    En plus de ça, je me souviens que si on voulait des légumes ou du poisson au lieu de la viande par exemple, c’était présenté dans les bac, mais PAS dans les assiettes qu’ils disposaient au dessus qu’on prenait au passage. Obligés de demander.
    La cantine ne me manque pas, rien que parce que si on voulait prendre un fruit frais, il ne fallait pas avoir de dessert dans l’assiette (mais un fromage à la place oui..) PERSONNE ne les mangeait ces fruits.. ils finissaient gaspillés, jetés…
    Je suis bien contente d’avoir quitté le système de cantine et de pouvoir me préparer mes repas en essayant au maximum de manger équilibré, au moins essayer d’avoir le maximum d’aliments dont j’ai besoin pour être en forme.
    Toujours très bien écrit !
    Continue comme ça 🙂

    J'aime

  2. Ecoute je découvre ton blog (sympa) .
    Et je rebondi sur ce billet, comme tu le sais mon loulou a des besoins particuliers et quand on me demande pourquoi je ne bosse pas, bah c’est pour qu’il puisse manger en fonction de des besoins.

    Ici un seul menu (livré tous les jours) et c’est loin d’être équilibré 3 jours pas semaines il n’y a pas aucun féculent (à part le pain) par exemple : carottes rappées steak avec haricots verts, yaourt, pomme… sinon de temps en temps on a des menus à thème : menu américain burger/frites/ brownies au chocolat…
    Bonjour l’équilibre.
    Au moins à la maison je sais ce qu’il a dans son assiette, je sais qu’il aura son carburant pour l’après-midi.

    Si seulement les menus étaient équilibré, Dans une école où j’ai bossé une maman se plaignait qu’il y avait tous les jours des féculents. J’ai regardé le menu (menu unique) tous les repas comportait un féculent, mais aussi un plat de légume. Par exemple pizza en entrée, plat de légume. les jours avec riz ou pâte, l’entrée était des crudités. c’est donc possible.
    Les menus de la cantine c’est le seul défaut de notre école de quartier.
    Quand je bossais en cantine lors de mes études, les menus étaient aussi équilibré les dessert gourmand, les jours où les entrée et les plats était plus « léger » avec de temps en temps un menu à thème où là c’était pas forcément équilibrer.
    mais le soucis, si je met mon môme à la cantine c’est que je vais payer pour qu’il se gave de pain et il n’aura plus faim pour le reste.grrrr

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s