Vivre avec son hypersensibilité

Indie

« L’hypersensibilité est un trait de caractère et elle touche 20% de la population (dont 30% des hypersensibles sont extravertis et 70% des hypersensibles sont introvertis). Les 80 % restants sont composés de personnes moyennement sensibles ou peu sensibles. » Elaine N. Aron.

C’est très difficile pour moi d’écrire sur l’hypersensibilité – ce caractère qui me définit depuis ma naissance et qui pourtant, m’a causé bien des torts. Aujourd’hui encore, je peux être victime de cette ultra-sensibilité lorsque ma culpabilité omniprésente ou mes remises en question constantes me submergent un peu plus que d’habitude. Mon introversion qui plus est n’est pas forcément d’une grande aide. Il y a eu, pendant longtemps, cette impression de ne pas être comprise, d’être différente, pas normale, trop à fleur de peau, à prendre les choses trop à cœur, trop… Trop.

Elle revient souvent me hanter, surtout depuis que j’ai commencé à travailler en milieu hospitalier. Je me suis retrouvée, du jour au lendemain, confrontée à de grosses dizaines de collègues, à des patients, à des nouveaux bruits, de nouvelles odeurs, et à devoir me battre tous les jours pour réussir à communiquer et affronter mes peurs. C’est fatiguant au quotidien. On me dit d’ailleurs très régulièrement que je suis trop jeune pour être à ce point fatiguée. Mais ma bataille intérieure, autant mentale que physique, est tout ce qu’il y a de plus épuisant.

Alors oui, je dirais qu’il y a encore beaucoup plus de jours où je subis mon hypersensibilité que je ne l’accepte. Mes émotions et mes sensations sont parfois difficiles à gérer et à atténuer, mon esprit est d’ailleurs souvent en proie à des questionnements sans fin et la plupart du temps sans réel fondement. Le plus difficile pour moi, finalement, c’est ce flot d’émotion continu et extrême – je pleure facilement que ce soit de tristesse ou de colère et mon anxiété prend des proportions assez énormes, mais ma joie peut être exacerbée aussi – et la gestion de mes cinq sens.

Je suis très sensible à la lumière, conduire la nuit est un défi de part les phares des voitures d’en face mais certaines luminosités dans une pièce peuvent aussi m’agresser les yeux. Les bruits sont un enfer – notamment ceux de mastication et plus encore les sirènes de pompier pour ne citer que ces exemples – autant parce qu’ils peuvent me faire serrer des dents que parce qu’ils me déconcentrent. Je ne saurais pas vraiment l’expliquer. Ces différents bruits résonnent dans mes oreilles et dans mon corps tout entier. Le positif que j’en retire, c’est que je ressens réellement la musique et que je la vis totalement ; les frissons, la sensibilité à la mélodie, à chaque note, les émotions qui vont avec… la musique est certainement le son le plus doux que je puisse écouter. Cette oreille musicale et l’hypersensibilité vont de paire avec ma vie de danseuse et ça, j’en suis vraiment reconnaissante !

Les odeurs sont un élément à la fois positif et négatif pour moi, tout simplement parce que j’apprécie les bonnes odeurs mais elles peuvent rapidement m’écœurer et amplifier mon anxiété. Je ne parle même pas des mauvaises odeurs qui me donnent la sensation de rester dans mon nez plusieurs heures durant. Enfin, le goût et le toucher sont plus faciles à gérer ; le goût parce que je ne mange que ce que je connais bien et suis très réticente au nouveau, je ne goûte les choses que parce que j’en ai pris l’initiative (et que je m’en sens prête). Oui, je suis chiante en plus d’être hypersensible mais la nourriture a un autre aspect plus compliqué que l’hypersensibilité alors je fais comme je peux et je mange des aliments que je connais déjà de par leur goût et odeur et qui me rassurent.

Pour le toucher, la complexité est que je n’ai jamais aimé le contact physique en dehors de mon amoureux et de quelques amies proches. Avec mes parents et mon frère, il y a peut-être la notion de sentiments que je n’ai jamais réussi à exprimer oralement et encore moins physiquement, ce qui fait que je leur fais rarement de câlins ou ne serait-ce qu’un bisou sur la joue. Autrement que mon entourage proche, faire la bise par exemple ou laisser entrer dans ce que j’appellerais mon cercle d’intimité m’est très désagréable quand je connais peu ou pas les gens. J’ai parfois l’impression de paraître distante, je remets ça aussi sur le compte de la timidité et je ne sais pas vraiment si l’hypersensibilité y joue quelque chose là-dedans.

Bref, ajoutez-y mon introversion et vous avez le gros lot.

Mais il y a aussi – heureusement – des parts de positif dans mon hypersensibilité : ma créativité, mon empathie même si elle peut-être à double tranchant je l’admets, ma curiosité. Je sais aussi que j’ai le sens du détail, que j’analyse et sur-analyse ce qui m’entoure mais j’aime beaucoup ça (la psychologie, mon amour), que je suis perfectionniste à l’extrême et plus encore dans mon travail, dans la danse et l’écriture. Ce sont des points qui me font du bien et qui me permettent de vivre avec mon hypersensibilité un peu mieux.

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J’ai acquis quelques « techniques » d’introvertie depuis que je travaille pour me préserver un maximum même si cela ne marche pas tous les jours et j’espère que cela aidera quelques uns d’entre vous si vous aussi, vous souffrez souvent de votre hypersensibilité :

  • Je me repose mentalement et je m’autorise des siestes quand j’en ai besoin. Depuis que je travaille en milieu hospitalier, mon physique et mon mental sont mis à dures épreuves. On ne voit pas des choses hyper joyeuses tous les jours, on bouge beaucoup et non-stop, on parle entre collègues, on communique avec le patient, l’empathie est souvent voire toujours très forte et même en pause déjeuner nous sommes sollicitées. La journée passe très vite mais elle est aussi très intense. Au tout début, je rentrais lessivée, je n’avais plus d’appétit et mon corps semblait complètement cassé. Je culpabilisais pas mal de faire des siestes assez longues et qui plus est de m’endormir presque tout de suite après le repas. Mais avec le temps, j’ai compris que j’en avais besoin et qu’il ne servait à rien de lutter. Aujourd’hui, j’arrive à vaquer à mes occupations après le travail sans pour autant me priver de repos si mon corps me le fait sentir.

 

  • Je ne me force pas à sortir et à voir des gens extérieurs au travail si je n’en ai pas la force. Mon côté introverti y joue beaucoup ; les interactions me demandent beaucoup d’énergie et j’aime avoir mon temps de solitude où je recharge les batteries. Il n’y a qu’avec un cercle proche et dans un environnement douillet où je peux me sentir reposée tout en interagissant avec eux. Quand j’ai compris ça, je ne me suis plus sentie obligée de sortir de chez moi, d’absolument sortir le week-end parce que j’avais peur du jugement (je suis une mamie, et alors ?) ou de me confronter à la foule. Mon parfait dimanche est lorsque je peux me blottir contre mon amoureux devant une série ou un bon livre. Et il n’y pas de honte à ça, tout simplement parce que cela me permet de me sentir vraiment reposée le lundi matin quand une nouvelle semaine chargée m’attend.

 

  • Je me préserve quand je sens mon empathie prendre le dessus. Je suis une vraie éponge. Toutes les émotions que je perçois chez les autres, je vais les ressentir et parfois aussi intensément que la personne qui les vit. Ça va me submerger pendant des heures entières, voire toute la journée, et ça me bouffe littéralement toute mon énergie mais aussi mon humeur. Quand je me suis rendue compte que cela empiétait sur ma vie privée, je me suis construite une carapace. Alors, ce n’est peut-être la meilleure solution du monde mais quand je me sens entourée d’émotions négatives, je me ferme complètement. Je ne parle plus vraiment, je pense à des choses positives au maximum et on peut dire que je suis là sans l’être vraiment. Si je le peux, je m’éclipse carrément de la pièce. Je me protège comme je peux pour éviter une fatigue supplémentaire, une émotion qui va me prendre la tête, me faire réfléchir, me faire poser des questions inutilement. Ma tête est déjà constamment en surchauffe et même si cette carapace est un peu radicale certains jours, elle m’aide quand même beaucoup.

 

  • Je lis et écris beaucoup pour m’évader et laisser libre court à mon imagination et ma curiosité. C’est très important pour moi d’assouvir ce besoin. Je ne me sens pas complète sans ces activités qui sont à la fois libératrice et thérapeutique pour mes angoisses. J’aime apprendre, j’aime imaginer, et s’il y a bien une chose qui me procure à tous les coups du bien-être, c’est ça. Lire et écrire, qu’importe si ce sont des romans ou des livres me permettant d’approfondir mes connaissances ; qu’importe le sujet, tout m’intéresse. C’est parfois un obstacle parce que je me retrouve frustrée de ne pas connaître quelque chose sur le bout des doigts mais c’est surtout un tremplin pour avoir mon moral au beau fixe.

 

  • J’ai aussi besoin de beaucoup bouger. C’est un peu contradictoire avec mon besoin de repos régulier mais c’est pour ça que je danse. Pour me vider la tête, pour ne pas penser. Faire du sport est l’une des choses qui permet à mon esprit de se mettre sur « pause » et de me laisser tranquille le temps de deux heures. C’est primordial quelque part parce que ma fatigue vient également de mes pensées qui tournent à dix mille à l’heure. Et le sport est un exutoire parfait. Je me suis mise au yoga il y a quelques temps qui me permet de me libérer de mes angoisses quand mes journées sont stressantes et qui se complète très bien avec la danse. Cela m’apprend aussi à rester « still » plus souvent. Il faut me voir quand j’écris ou lis, j’ai toujours les pieds qui bougent et je suis incapable de tenir une position – assise ou debout – sans en changer toutes les cinq minutes.

 

  • Je suis suivie. Ça a été un pas très important mais pas le plus facile à franchir. Les hypersensibles sont plus sujets aux angoisses, à l’anxiété et aux phobies. Je suis en plein dedans et prendre la décision d’être suivie pour tout ça a été une libération. Je ne l’ai jamais caché à personne (et je suis tellement expressive que cela se voit tout de suite sur mon visage) mais j’en suis arrivée à un stade où parler à mes proches ne suffisait plus à calmer ma tempête intérieure. Accepter cela a été compliqué de part ma sensation d’échec mais je dirais qu’aujourd’hui, je prends peu à peu conscience de ma force face à ce que ma tête me fait vivre. Je me bats moins contre mon hypersensibilité et mon anxiété et contre toutes ces émotions qui s’entrechoquent dans mon esprit. Je les laisse un peu plus vivre et moi aussi, par la même occasion. Ce n’est pas parfait et ça ne le sera peut-être jamais, mais quelque part, avoir saisi cette main tendue pour m’aider a été la meilleure chose que j’ai pu faire pour m’apaiser.

 

C’est difficile de lister tout cela parce que ce n’est pas forcément des « astuces » qui conviennent à tout le monde. Chaque hypersensible a sa personnalité et le vivra différemment. Je pourrais encore en parler sur des lignes et des lignes parce que je n’ai pas tout expliquer, tout lister, tout dit sur ce que je vis au quotidien. Mais je pense que c’est déjà bien suffisant, en tout cas je l’espère, pour aider quelques uns d’entre vous à vous y retrouver. A ne plus vous sentir trop ci ou trop ça parce que vous ressentez, analysez, vivez les choses x fois plus intensément.

Sur ces jolis mots, je vous laisse partager votre propre vécu avec l’hypersensibilité, que ce soit vous ou quelqu’un de votre entourage.

Enfin si, juste une dernière chose : l’hypersensibilité est un trait de caractère qu’on essaie d’apprivoiser et ça a beau être dur, on s’en sort tous tellement bien ! On est fort, vous êtes forts, beaucoup plus que vous ne le pensez.

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Publié par

Laura, 20 ans. Curieuse de la vie, je m'intéresse à énormément de choses ! Ce blog sera plus particulièrement centré sur du lifestyle et la nutrition mais je cherche encore à développer mon idée vers d'autres centres d'intérêts. Je suis une jeune diplômée en diététique et briser les idées reçues, c'est mon dada !

Un commentaire sur « Vivre avec son hypersensibilité »

  1. Je me reconnais totalement dans tes paroles .. j’ai découvert le mot « hypersensibilité » il y a quelques mois maintenant et j’ai de suite compris que c’était ce dont je « souffrais » depuis de nombreuses années. Car oui il y a des points positifs à cette hypersensibilité mais pour moi les points négatifs prennent le dessus.. Je crois que le pire c’est l’empathie surdimensionnée que j’ai pour tout les êtres vivants, c’est dur à vivre au quotidien.. sans parler des sons bruyants qui me « transpercent » (je ne trouve pas le bon mot) ! Bref tout ça pour te dire que ça fait du bien de voir que l’on est pas seule dans ce cas ! A bientôt !

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