Les troubles du comportement alimentaire

Ce n’est pas forcément l’article le plus simple à écrire puisque j’en ai souffert et je compose encore avec aujourd’hui mais je suis amenée, dans mon travail, à prendre soin de ces personnes qui sont atteintes de troubles du comportement alimentaire. Et si j’arrive à en parler à présent, c’est aussi et surtout parce qu’au moment où je vous écris cet article, elles vont mieux, et que ça a été certainement notre plus belle victoire sur ces maladies.

Les troubles du comportement alimentaire – ou TCA – est une psychopathologie se caractérisant par des troubles en rapport avec l’alimentation et se présentant sous différentes formes ; les plus connues sont bien sûr l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie mais il en existe bien plus. Le pica, le mérycisme, la dysmorphophobie, les phobies alimentaires, les compulsions nocturnes et toutes les formes d’anorexies mentale dites médicalement « atypiques » (restrictions chez les sportifs de haut niveau, anorexie non visible physiquement, anorexie post chirurgie bariatrique, etc) sont également des troubles du comportement alimentaires. Les TCA peuvent apparaître à tout âge mais une prévalence chez les adolescents/jeunes adultes entre 16 et 20 ans, notamment chez les filles dans neuf cas sur dix, est notable.

La prise en charge est multiple : médecin spécialiste, psychiatre, psychologue, diététicien, c’est un travail de longue haleine. Le rapport à l’alimentation est central dans nos vies. La pression des médias, les attentes de la société, les modèles physiques souvent peu réalistes sont aujourd’hui un des facteurs augmentant les risques d’être touché(e) par un TCA. Mais ce n’est qu’une part des raisons pour lesquelles la maladie s’installe ; les problèmes familiaux, les abus, les traumatismes, les liens avec d’autres maladies mentales comme la dépression notamment, sont en ligne de cause principale. C’est pourquoi autant de corps de métiers sont impliqués dans les processus de prise en charge qui est, la plupart du temps, longue et fastidieuse.

Le point commun entre les TCA est un rapport à la nourriture et au corps très complexe, souvent cruel et destructeur. Il est possible d’en guérir mais la majorité des cas restent dans une espèce de suspens, un entre deux encore fragile, surtout lorsque la maladie se déclenche après 18 ans ou une fois adulte.

L’anorexie et la boulimie sont les troubles du comportement alimentaire les plus fréquents. C’est très difficile pour moi de mettre des mots clairs sur ces maladies. L’anorexie m’a touché de près, et si le contrôle de la nourriture et le rapport à mon corps est toujours omniprésent dans ma vie, c’est aussi ce qui m’a permis de comprendre mes patients qui en souffrent à un stade avancé.

La restriction, l’hyperactivité physique, la compensation physique ou par vomissement après un repas jugé trop important, le besoin de boire plusieurs litres pour se remplir, se sentir victorieux(se) lorsque la faim nous tenaille… Mais aussi ce rapport si cruel avec le miroir, à la fois meilleur ami et pire ennemi, notre cerveau qui nous joue des tours sur ce qu’est réellement ce corps que l’on trouve difforme, trop gros, trop épais, trop volumineux. Et la nourriture, qu’on contrôle, qu’on aime et qu’on déteste, qui nous fascine presque, telles sont l’anorexie et la boulimie. Telles que je les connais, telles que je les ai vues en face de moi ou dans mon propre corps.

C’est difficile à décrire. D’un point de vue strictement médical, il n’y a rien de plus simple. Dans la réalité, c’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus envahissant que les quelques mots que j’ai pu aligner.

Je me suis souvent sentie comme un imposteur face à mes patientes et pourtant, je crois n’avoir jamais autant réussi à faire mon travail qu’avec elles. La prise en charge nutritionnelle fait partie de la multitude d’examens et de consultations que l’on peut croiser lorsqu’on s’occupe d’un patient atteint de TCA. Réapprendre à manger, à ne plus avoir peur de la nourriture, à créer un lien avec ce corps à la fois étranger et intime, repérer les mécanismes psychologiques et physiologiques qui guident notre organisme face aux aliments… C’est une tâche loin d’être facile et les avancés ne se comptent pas en jours, mais en semaines, voire en mois.

C’est éprouvant autant pour le soigné que pour le soignant. Il y a une implication très forte, tout simplement parce que s’alimenter fait partie de notre quotidien. Les repas rythment notre journée de par nos habitudes alimentaires mais notre organisme aussi nous envoie régulièrement des signaux difficiles à ignorer. Le travail à accomplir pour se réconcilier avec nos sensations semble parfois impossible à réaliser parce que la part psychologique de la maladie reprend souvent le dessus par rapport à la physiologie. Les personnes souffrant de TCA le disent d’ailleurs régulièrement : « c’est la maladie qui (me) parle ».

Je crois par dessus tout qu’une guérison est possible. La bienveillance, l’écoute, la patience sont primordiales. Il en faut du courage, à nous, à vous, à eux, pour surmonter une épreuve si violente qu’un trouble du comportement alimentaire et nous, soignants, à titre personnel plus encore, le voyons. Nous avons ce devoir d’accompagner sans brusquer, de trouver des exercices, des façons de parler, de proposer mais surtout d’écouter en ayant la conviction que le patient en face se sente en sécurité et prêt à déployer ses ailes en ayant cette certitude qu’ils ne seront pas abandonnés en cours de route. C’est très important pour moi d’y veiller, d’avoir moi-même cette certitude. Plus encore quand j’ai des patientes qui luttent si fort pour être en accord avec elles-mêmes.

J’admets que je ne sais pas trop où je voulais en venir avec cet article. Peut-être montrer que la guérison est possible même si elle est semée d’embuches et d’obstacles plus coriaces que d’autres. Peut-être aussi pour me rendre compte d’à quel point la méthode de prise en charge est importante et est pour sûr un élément déterminant et fondamental de la guérison, ou tout du moins d’apaisement.

A celles et ceux qui souffrent d’un trouble du comportement alimentaire, vous êtes courageux et forts. Vous êtes aimés et si sauter le pas vers une thérapie est encore trop difficile à appréhender, sachez seulement que vous n’êtes pas seuls et que lorsque vous serez prêt à prendre cette main tendue, nous serons là. Nous sommes déjà là.

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Publié par

Laura, 20 ans. Curieuse de la vie, je m'intéresse à énormément de choses ! Ce blog sera plus particulièrement centré sur du lifestyle et la nutrition mais je cherche encore à développer mon idée vers d'autres centres d'intérêts. Je suis une jeune diplômée en diététique et briser les idées reçues, c'est mon dada !

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